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Machu Picchu – Une montagne en effervescence

Dépités et honteux. C’est exactement les adjectifs qui qualifient notre petit groupe belgo-autrichien en ce moment. Christina essaye tant bien que mal de motiver Thomas à décoller ses fesses du balcon de l’auberge… Rien n’y fait. La discussion tourne autour de l’organisation de la visite du Machu Picchu, ce site hautement emblématique du pays qui n’est plus à présenter.

Après de nombreuses discussions avec les backpackers, il semble que notre cas ne soit pas unique. Effectivement, de leurs foyers, toutes les familles des voyageurs, qu’elles soient européennes, japonaises, russes ou ouzbeks se donnent la main dans nos rêves et, unissent leurs voix pour nous demander en chœur : « Alors, quand est-ce que vous allez au Machu Picchu ? ».
Nous sommes donc dépités parce que nous n’avons pas une grande envie de nous lancer dans la folie du Machu Picchu. De ce dépit découle notre honte. « Mais vous n’imaginez pas la chance que vous avez d’être là ? Comment pouvez-vous être dépités ? »… Bref, ce sentiment que nous partageons entièrement avec nos amis autrichiens, nous le déversons sur cette petite coursive en bois dans l’espoir qu’une petite voix nous souffle une solution.

Pourquoi nous n’avons pas envie d’aller au Machu Picchu me direz-vous ? Voici une petite liste non-exhaustive des raisons :

  • Le prix de l’accès au site : 40 € par personne pour une journée soit l’équivalent de presque 3 jours de notre budget ; le ticket le plus coûteux que l’on ait vu durant tout notre voyage. On peut se payer un ticket pour le Taj Mahal et pour 3 jours à Angkor Wat à ce prix là : les deux sites les plus emblématiques d’Inde et d’Asie.
  • Le prix du transport : si on le fait en mode « classique », il faut compter, par personne, environ 150 € pour le train aller/retour (monopole d’une compagnie privée) + 30 € de bus. Tout ça pour une journée de visite.
  • L’énergie à déployer pour l’organisation du transport « pas cher » : on doit se taper une journée entière de bus, de taxis et deux heures de marche pour accéder au pied du Machu Picchu. Il en coutera moins de 10 € par personne ce qui est déjà plus raisonnable que la solution précédente.
  • Le stress lié à l’achat du ticket : les gens s’y prennent plusieurs mois à l’avance pour être certains d’avoir un ticket d’entrée et de pouvoir grimper sur le Wayna Picchu, la montagne adjacente au site. De plus, il faut acheter le Saint-Graal en indiquant la date exacte de notre arrivée sur site…
  • Le stress lié à l’accès au site : les gens se lèvent avant l’ouverture des portes (vers 4h30 du matin) et se ruent en jouant des coudes pendant une ascension de 45 minutes pour être les premiers sur le site et ne pas avoir de touristes sur leurs photos. Marche, crève ou paie ton bus !
  • Les abords du Machu Picchu : la ville d’Agua Calientes est moche, les immondices sont difficiles à évacuer au vu de l’afflux des touristes, tout est très cher et on craint les vols en permanence.
  • Les restrictions sur le site : on n’apporte ni à manger ni à boire; achetez et consommez sur place, bande de moutons ! Les bâtons de marche ? Seulement pour les vieux, les femmes enceintes et les cul-de-jattes. Et il paraît qu’on ne peut même pas taguer nos noms sur les pierres centenaires. Honteux on vous dit.
  • Le peu que l’on connaisse du Machu Picchu : en réalité, les archéologues ne connaissent pas grand-chose du site. Tout n’est que suppositions. Nous allons donc visiter un « truc ».

Finalement, nous prenons notre courage à 8 mains et décidons d’aller voir ce foutu Machu Picchu ! Au moins on partage tous le même sentiment et on finira probablement par en rire.

On prend les transports locaux, on marche le long de la voie ferrée, on fait coucou à ceux qui payent le train… Bref, on commence à s’amuser et à sortir de nos pensées noires 🙂

On plante notre tente dans le camping municipal juste à côté de l’entrée au Machu Picchu. Ainsi, on pourra nous aussi jouer des coudes et des cornes quand l’arène sera ouverte. Levés à 4h30, une centaine de badauds nous ont déjà devancés… C’est ballot ! On ne se décourage pas pour autant, on sourit à nos semblables qui doivent probablement être passés par les mêmes phases de doutes que nous. « Mais pourquoi faisons-nous ça ? » Et là, on passe enfin le premier contrôle, on accélère le pas, certains courent. Après les premières marches, d’autres sont déjà accoudés aux arbres… Ça respire fort, ça transpire, ça gerbe un peu, ça monte, ça escalade et… ça ne parle presque pas pendant 45 minutes. Allez les gars, on y est presque. « Mais… pourquoi ??? » Et, enfin, nous y voilà !!! Nos corps et nos âmes découvrent la délivrance face à ce spectacle :

Bon… On dirait bien qu’on a couru comme des cons pour rien, il y a du brouillard et il va falloir attendre que ça se lève avec les fans des selfie-sticks (les bus sont arrivés entre temps).

On en profite pour étudier un peu notre chemin avant de se perdre dans les nuages. On fait des photos histoire de passer le temps.

Finalement, on « s’écarte » du sentier touristique pour aller voir un pont inca…

Le temps de revenir sur le site principal, le brouillard a disparu ! Wouhou, voilà enfin le Machu Picchu. Aller, on avoue, ça a quand même de la gueule et on est content d’être là.

Puisqu’on aime se faire mal, on a décidé de grimper le Mont Picchu, une des montagnes qui jouxte le site. Une heure et demi de montée plus tard, on profitait, à 3061 m, de la belle vue sur le site inca.

A midi, on se cache pour manger les sandwichs et fruits qu’on a introduits de manière illicite sur le site. Un gardien nous voit. On voit le gardien… On se sourit, il nous laisse dans notre délit. Allez, de nouveau, le Machu Picchu ce n’est pas si foireux que ça.

On passera l’après-midi à déambuler dans la partie principale du site. C’est joli joli mais, comme dit dans l’intro, on a pas grand chose à raconter… Le site daterait environ du XVème siècle, on n’est pas vraiment certain de son usage précis mais il contient bon nombre de terrasses et d’habitations qui permettaient à toute une communauté de travailler et de vivre ensemble. Le Machu Picchu aurait été abandonné après la prise de Cuzco par les Espagnols, et les Incas se seraient retranchés à Choquequirao, un site encore plus reculé que le Machu Picchu (voir la prochaine brève).

Certaines pierres sont magnifiquement sculptées et les constructions s’intègrent parfaitement dans le décor naturel. Une harmonie vraiment séduisante…

On vous épargne toutes les photos qui se passent de commentaires et que vous pouvez regarder à votre aise dans l’album !

Finalement, l’heure de la séparation avec Christina et Thomas approche. On se bisoute et on se promet de se revoir en Europe. Pour nous, la fin de la journée sonne comme un dernier retour à la partie stressante du Machu Picchu. Il nous reste à redescendre tout le chemin du matin, replier la tente (et espérer que l’on ne se soit rien fait voler) et marcher de nouveau deux heures le long des voies de chemin de fer… On terminera à la frontale au milieu de la jungle , accompagnés de 8 Péruviens qui effrayent toutes les créatures vivantes avec la musique qui s’échappe de leurs portables.

Notre expérience contraste avec celle des touristes qui font la file durant 30 minutes pour payer un bus à 15 $ qui leur fera économiser 30 minutes de descente à pied… (soit, un jeu nul – nous arriverons au même moment à la sortie du site).

Au Machu Picchu, tous les types de voyageurs se rencontrent. Et finalement, c’est peut-être cela aussi l’intérêt du site!

 

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